le male gaze en photo
Repenser la Photographie de Portrait : Au-delà du "Male Gaze"
La photographie, en tant qu'expression artistique, a le pouvoir de façonner des perceptions, de raconter des histoires et de défier les normes sociétales. Historiquement, le "male gaze" - un terme introduit par la critique Laura Mulvey pour décrire la façon dont les femmes sont représentées à travers une perspective masculine hétérosexuelle - a dominé les arts visuels, influençant profondément la photographie de portrait. Cet article explore des moyens de repenser cette pratique pour promouvoir une approche plus égalitaire et respectueuse.
Comprendre l'Héritage
Le "male gaze" imprègne l'art et la photographie depuis des siècles, présentant souvent les femmes comme des objets de désir passifs. Cette perspective a non seulement façonné la manière dont les femmes sont vues, mais aussi comment elles sont censées se percevoir.
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Dans la photographie de portrait, on remarque notamment dans la plupart des conseils que l’on donne au débutant en photographie de portrait, que ceux-ci sont genrés : on recherche des images qui mettent l'accent sur la beauté, la jeunesse et la sensualité, parfois au détriment de l'individualité du sujet. On conseille aux femmes de faire sortir leur bassin, d’accentuer leurs formes, et au photographe de prendre de la hauteur par rapport à elle, mettant littéralement le spectateur en position supérieure. A l’inverse, chez les modèles masculins, on va conseiller au photographe d’être bien en face, voire légèrement en contre-plongé pour accentuer le côté imposant du sujet. Les femmes vont regarder hors-champs, laissant une impression d’être vue à leur insu, là où les hommes vont regarder le spectateur droit dans les yeux.
Tout cela ne sont que des exemples, dont de nombreux photographes s'affranchissent (en partie), mais là où je souhaite en venir c’est que la photographie n’est pas imperméable à la société et il n’y a pas besoin de chercher très loin sur Instagram pour s’en rendre compte. Les modèles masculins et féminins ne sont pas photographiés de la même façon et les codes esthétiques tendent toujours et encore vers un féminins sensuel et fragile, et un masculin fort et dominant.
Questionner sa pratique
Il est impératif que chaque photographe entreprenne une introspection profonde de sa propre pratique. Cela signifie remettre en question non seulement la manière dont nous voyons et représentons nos sujets, mais aussi les influences culturelles et sociales qui façonnent notre vision. Reconnaître les stéréotypes de genre et les dynamiques de pouvoir implicites dans notre travail est le premier pas vers une pratique plus consciente et équilibrée. En s'engageant dans ce processus de réflexion continue, les photographes peuvent développer une sensibilité accrue aux diverses perspectives et expériences, ce qui se reflétera dans des œuvres plus authentiques et respectueuses. Ce n'est qu'en confrontant nos préjugés personnels que nous pouvons espérer produire une photographie qui célèbre véritablement la richesse et la complexité de l'expérience humaine.
Posons-nous des questions. Avant de demander comment faire une image, demandons-nous systématiquement pourquoi la faire comme ça. Je pense que je ne répéterai jamais assez cela : questionnons-nous en permanence. Pourquoi représenter cette personne de cette façon et pas d’une autre ? Quelle idée est-ce que cela renvoie ? Comment est-ce qu’on la perçoit ? Et pourquoi chercher à la représenter de cette façon ?
Les photographes doivent être conscients de leurs propres préjugés et travailler activement pour les dépasser, en cherchant à comprendre et à capturer l'essence de la personne devant l'objectif.
Créer un Espace Sécurisé
La seconde étape vers une photographie de portrait respectueuse est la création d'un espace où tous les sujets se sentent valorisés et entendus. Cela implique une communication claire sur ce que les deux parties souhaitent lors de la séance. Le consentement est nécessaire, assurant que les sujets sont à l'aise avec la manière dont ils seront représentés. Le photographe importe autant que la personne photographiée, il est primordial de créer une relation permettant à chacun.e de proposer, de donner son avis et évidemment de refuser.
S’inspirer ailleurs
Rompre avec le "male gaze" signifie rompre avec une bonne partie des codes classiques qui font le B-A-BA de la photographie de portrait. Il est important d’en regarder d’autres, de se rapprocher des autres façons de faire de la photographie.
De nombreu.x.euse.s photographes défient activement les normes traditionnelles en matière de portrait. Des artistes comme Cindy Sherman, Zanele Muholi, Nan Goldin, ou Ryan McGinley offrent des perspectives rafraîchissantes et diversifiées, mettant en lumière la richesse et la complexité des identités humaines au-delà des clichés de genre.
Il est essentiel pour les photographes de tous niveaux de rester ouvert à d’autres pratiques, d’échanger avec d’autres personnes et de s’inspirer aussi de ce qui est différent. Des pratiques plus inclusives sont déjà à l'œuvre et il ne tient qu’à nous de maintenir toutes ces discussions ouvertes.
Conclusion
La remise en question du "male gaze" dans la photographie de portrait n'est pas simplement une question de technique ; c'est une démarche éthique et créative qui enrichit notre compréhension des autres et de nous-mêmes. En adoptant des approches respectueuses et inclusives, les photographes peuvent contribuer à un paysage visuel plus diversifié et équitable, où chaque individu est valorisé pour sa singularité. La photographie, dans sa forme la plus élevée, doit célébrer l'humanité dans toute sa diversité, sans préjugés ni stéréotypes. La représentation de toustes n’est pas un gros mot, mais au contraire ce qui fait la richesse de la photographie.
Pour aller plus loin
Voilà une petite liste de ressources intéressantes pour aller plus loin dans le sujet :